Tu signes un devis, tu remportes le marché, et trois mois plus tard tu te demandes pourquoi ta trésorerie fond. Le problème n’est presque jamais le client. C’est que tu ne connais pas ton vrai coût.
Sans calcul prix de revient transport routier fiable, tu roules à l’aveugle. Tu fixes tes tarifs au feeling, tu t’alignes sur le concurrent d’en face, et tu finis par transporter à perte sans t’en rendre compte.
Dans cet article, je te donne la méthode en 3 étapes pour calculer ton prix de revient au kilomètre. Pas de théorie : une méthode applicable ce soir, avec un exemple chiffré complet sur un ensemble 40 tonnes. À la fin, tu sauras exactement combien te coûte chaque kilomètre — et en dessous de quel prix tu ne dois jamais descendre.
🎯 À quoi sert vraiment le prix de revient au kilomètre
Ton prix de revient au kilomètre (PRK), c’est le montant que te coûte un kilomètre parcouru, tout compris. Pas le carburant seul. Tout : le camion, le chauffeur, l’assurance, le gasoil, l’entretien, tes frais de structure.
C’est le chiffre le plus important de ta boîte. Sans lui, tu ne peux pas répondre à la seule question qui compte : « est-ce que ce trafic me rapporte ou me coûte ? »
Cet article déroule la méthode de calcul pas à pas. Si tu veux d’abord la vue d’ensemble — définition, familles de coûts, erreurs classiques et FAQ — pars du guide de référence : Coût de revient kilométrique (PRK), le guide complet.
Concrètement, le PRK te sert à trois choses.
D’abord, fixer un prix de vente juste. Tu pars de ton coût, tu ajoutes ta marge, tu obtiens ton tarif. Dans ce sens-là, jamais l’inverse.
Ensuite, répondre aux appels d’offres sans te planter. Quand un chargeur te demande un prix au kilomètre, tu sais immédiatement si tu peux suivre ou si tu cours à la perte.
Enfin, te protéger juridiquement. La loi Gayssot (loi n° 95-96 du 1er février 1995) interdit la pratique de prix abusivement bas en transport routier. Sans connaître ton prix de revient, tu ne peux même pas prouver que tu factures au-dessus de tes coûts. Le PRK n’est donc pas un confort de gestionnaire : c’est ta première ligne de défense.
Le Comité National Routier (CNR) publie chaque mois des référentiels de coûts qui font foi dans toute la profession. Ils te servent de boussole pour vérifier que ton propre calcul tient la route.
🧾 Étape 1 — Recenser tous tes coûts (fixes + variables)
La première étape, c’est de tout poser sur la table. Et là, la règle d’or est simple : tu sépares les coûts fixes des coûts variables.
Les coûts fixes, tu les paies que le camion roule ou qu’il dorme dans la cour. Les coûts variables, eux, dépendent directement des kilomètres parcourus.
💰 Les coûts fixes (par véhicule, par an)
Voici tout ce que tu dois lister, ramené à l’année et par camion :
- Le salaire chargé du conducteur (brut + charges patronales) — souvent ton premier poste
- L’amortissement ou le loyer du tracteur et de la remorque
- L’assurance (RC, marchandises transportées, flotte)
- La taxe à l’essieu et les frais de carte grise
- Les frais de structure : ton salaire d’exploitant, le loyer du dépôt, le téléphone, le logiciel de gestion, la compta
Ce dernier poste, les frais de structure, c’est celui que Marc oublie neuf fois sur dix. Pourtant ton bureau, ton comptable et ton temps d’exploitation se paient. Si tu ne les répartis pas sur chaque camion, ton PRK est faux dès le départ.
⛽ Les coûts variables (au kilomètre)
Ce sont les dépenses qui grimpent avec les kilomètres :
- Le gasoil — ton poste variable numéro un
- Les pneumatiques (usure et remplacement)
- L’entretien et les réparations
- Les péages
- Le lavage et les consommables
Le carburant mérite une vigilance particulière. Vu sa volatilité, il faut impérativement le suivre de près et mettre en place une indexation gasoil dans tes contrats. Sinon, chaque hausse à la pompe vient directement manger ta marge.
💡 Astuce de terrain : ne pars pas de tes souvenirs. Ouvre ta liasse fiscale et tes relevés bancaires des 12 derniers mois. Le réel est toujours plus dur que ce que tu imagines — et c’est précisément pour ça qu’il faut le regarder en face.
⏱️ Étape 2 — Estimer ton kilométrage annuel réaliste
Tu as tes coûts. Il te faut maintenant le diviseur : le nombre de kilomètres que ton camion parcourt réellement dans l’année.
Et le mot important ici, c’est réaliste.
L’erreur classique, c’est de prendre le kilométrage d’une journée parfaite et de le multiplier par le nombre de jours ouvrés. Sauf que dans la vraie vie, il y a les jours de panne, les retours à vide, les semaines creuses, les congés du chauffeur et les RTT.
Prends plutôt tes données réelles. Regarde le compteur de ton camion sur les 12 derniers mois, ou les relevés de ton chronotachygraphe. C’est le chiffre le plus fiable que tu puisses obtenir.
Si tu démarres avec un camion neuf et que tu n’as pas d’historique, base-toi sur une estimation prudente. Pour un ensemble longue distance, on tourne souvent autour de 110 000 à 130 000 km par an. Pour de la distribution régionale, c’est plutôt 60 000 à 90 000 km.
Pourquoi ce chiffre est si critique ? Parce qu’il est au dénominateur. Plus tu roules de kilomètres, plus tu dilues tes coûts fixes sur chaque kilomètre, et plus ton PRK baisse. À l’inverse, un camion qui reste à l’arrêt te coûte une fortune au kilomètre, car les coûts fixes continuent de tomber pendant qu’aucun kilomètre ne les absorbe.
C’est exactement pour ça qu’optimiser ton taux de remplissage et limiter tes retours à vide a un impact direct et brutal sur ta rentabilité.
🧮 Étape 3 — La formule : coût total / km parcourus
Voici le cœur du réacteur. La formule tient en une ligne :
Prix de revient au km = (Coûts fixes annuels + Coûts variables annuels) ÷ Kilomètres parcourus dans l’année
C’est tout. Tu additionnes l’ensemble de tes coûts sur l’année, tu divises par le nombre de kilomètres réellement roulés, et tu obtiens ton coût par kilomètre.
Une fois ce PRK connu, tu n’as plus qu’à ajouter ta marge pour obtenir ton prix de vente :
Prix de vente au km = Prix de revient au km × (1 + taux de marge)
Si ton PRK est de 1,20 € et que tu veux 12 % de marge, ton prix de vente plancher est de 1,344 €/km. En dessous, tu travailles pour le client, pas pour toi.
Le danger absolu, c’est de raisonner uniquement sur le gasoil. Beaucoup de transporteurs se disent « le carburant me coûte 0,40 €/km, donc à 0,90 €/km je gagne de l’argent ». Faux. Tu as oublié le chauffeur, le camion, l’assurance et ta structure. Le PRK existe justement pour ne plus jamais tomber dans ce piège.
📋 Exemple chiffré complet (cas Transports Lemoine, Reims)
Passons au concret. Prenons les Transports Lemoine, une petite boîte basée à Reims, avec un ensemble articulé de 40 tonnes en longue distance.
Voici son tableau de coûts annuels, pour ce camion-là.
Coûts fixes annuels :
| Poste | Montant annuel |
|---|---|
| Salaire chargé du conducteur | 48 000 € |
| Amortissement tracteur + remorque | 22 000 € |
| Assurances (RC, flotte, marchandises) | 6 500 € |
| Taxe à l’essieu + carte grise | 1 200 € |
| Frais de structure (exploitant, dépôt, compta, logiciel) | 14 300 € |
| Total coûts fixes | 92 000 € |
Coûts variables annuels (pour un kilométrage estimé) :
| Poste | Montant annuel |
|---|---|
| Gasoil | 41 600 € |
| Pneumatiques | 4 800 € |
| Entretien et réparations | 7 200 € |
| Péages | 9 600 € |
| Lavage et consommables | 1 800 € |
| Total coûts variables | 65 000 € |
Coût total annuel = 92 000 € + 65 000 € = 157 000 €
Maintenant, le kilométrage. Lemoine a relevé son compteur : son ensemble a parcouru 125 000 km sur les 12 derniers mois. C’est son chiffre réel, retours à vide et jours de panne inclus.
On applique la formule :
PRK = 157 000 € ÷ 125 000 km = 1,256 €/km
Le prix de revient au kilomètre de Lemoine est donc de 1,256 €/km, soit environ 1,26 €/km.
Que fait Lemoine avec ce chiffre ? Il ajoute sa marge cible de 10 % :
Prix de vente = 1,256 € × 1,10 = 1,38 €/km
En dessous de 1,26 €/km, Lemoine perd de l’argent à coup sûr. Entre 1,26 € et 1,38 €, il couvre ses coûts mais ne gagne rien. C’est seulement à partir de 1,38 €/km qu’il dégage une vraie marge.
Tu vois la puissance du truc ? Avant ce calcul, Lemoine acceptait des trafics à 1,20 €/km en pensant « gagner » parce que le gasoil ne lui coûtait que 0,33 €/km. En réalité, il perdait 6 centimes sur chaque kilomètre. Sur 125 000 km, ça fait 7 500 € envolés dans l’année, sans rien voir venir.
C’est exactement ce calcul que tu dois reproduire pour ta propre boîte. Et c’est ce qui te permet ensuite de répondre à un appel d’offres en sachant précisément où se situe ton plancher.
❌ Les erreurs de calcul les plus fréquentes
Voici les pièges qui faussent le PRK de la plupart des transporteurs.
Oublier les frais de structure. Ton bureau, ton temps d’exploitation, ta compta : tout ça se répartit sur tes camions. Si tu ne les comptes pas, ton PRK est sous-évalué de 10 à 15 %.
Utiliser un kilométrage théorique. Prendre 140 000 km « parce que le camion peut les faire » alors qu’il en roule réellement 120 000 : tu sous-estimes ton PRK et tu signes trop bas.
Raisonner sur le seul gasoil. L’erreur reine. Le carburant ne représente souvent que 25 à 30 % du coût total. Le reste, il faut le facturer aussi.
Ne pas mettre à jour son calcul. Un PRK calculé il y a deux ans ne vaut plus rien. Refais ton calcul au moins une fois par an, et compare-le aux référentiels CNR à jour.
Confondre prix de revient et prix de vente. Le PRK, c’est ton coût. Ton prix, c’est le coût + ta marge. Si tu vends à ton prix de revient, tu travailles gratuitement.
❓ FAQ
C’est quoi exactement le prix de revient au kilomètre ?
C’est le coût total que représente un kilomètre parcouru par ton camion, tout compris : chauffeur, véhicule, gasoil, assurance, entretien et frais de structure. On l’obtient en divisant la totalité de tes coûts annuels par le nombre de kilomètres réellement roulés dans l’année.
Quelle est la formule du calcul prix de revient transport routier ?
La formule est : (coûts fixes annuels + coûts variables annuels) ÷ kilomètres parcourus dans l’année. Le résultat est ton coût par kilomètre, sur lequel tu ajoutes ensuite ta marge pour fixer ton prix de vente.
Quels coûts dois-je inclure dans le calcul ?
Tous. Les coûts fixes (salaire chargé du chauffeur, amortissement du camion, assurances, taxe à l’essieu, frais de structure) et les coûts variables (gasoil, pneus, entretien, péages, lavage). Oublier un poste, surtout les frais de structure, fausse tout le résultat.
Pourquoi ne pas calculer mon prix uniquement sur le gasoil ?
Parce que le carburant ne pèse que 25 à 30 % de ton coût réel. Un prix basé sur le seul gasoil te fait travailler à perte sur tous les autres postes : chauffeur, véhicule, structure. C’est l’erreur la plus coûteuse du métier.
Que dit la loi sur les prix trop bas en transport ?
La loi Gayssot (loi n° 95-96 du 1er février 1995) interdit la pratique de prix abusivement bas dans le transport routier de marchandises. Connaître ton prix de revient te permet de prouver que tu factures au-dessus de tes coûts, et donc de rester dans la légalité.
À quelle fréquence dois-je recalculer mon PRK ?
Au moins une fois par an, et à chaque variation forte du gasoil ou des salaires. Compare ton résultat aux référentiels CNR, qui sont publiés mensuellement et font office de référence dans toute la profession.
🎯 Passe à l’action
Tu connais maintenant la méthode. Le seul vrai risque, à partir de maintenant, c’est de la garder dans un coin de ta tête sans jamais sortir ta calculette. Chaque devis signé sans connaître ton PRK est un pari sur ta propre trésorerie.
Tu n’as pas besoin de monter un tableur compliqué un dimanche soir. La formation Créer un prix de transport précis et juste te donne le tableau de calcul déjà construit, avec tous les postes pré-remplis, pour que tu obtiennes ton prix de revient et ton prix de vente en quelques minutes.
Finis-en avec les devis à l’aveugle.


