Ton plus gros client te règle à 60 jours, parfois plus. Pendant ce temps, tu paies le gasoil, les péages, les salaires et l’échéance du camion. Un seul retard de sa part, et c’est ta trésorerie qui trinque, pas la sienne.
Ici, tu fixes ton délai, tu tries tes clients avant de charger et tu comprends l’assurance-crédit. Tout est préventif.
🚛 Un client à 60 jours, c’est une avance de trésorerie que tu ne contrôles pas
Plus le délai s’allonge, plus l’argent immobilisé grossit. La formule est simple : ton encours client = ton chiffre d’affaires mensuel avec ce client × son délai de paiement en jours ÷ 30.
Exemple illustratif : Sophie, gérante de 3 camions à Nantes, réalise 90 000 € HT de chiffre d’affaires par mois. Un seul client en pèse 40 %, soit 36 000 € HT par mois.
- À 30 jours : 36 000 € × 30 ÷ 30 = 36 000 € d’argent immobilisé chez ce client.
- À 60 jours : 36 000 € × 60 ÷ 30 = 72 000 € immobilisés (et 60 jours, c’est au-delà du plafond légal en transport routier : on y revient plus bas).
L’écart de 36 000 € est un mois entier de facturation que Sophie avance.
💡 À retenir : le délai de paiement n’est pas un détail de facture. C’est un prêt sans intérêt que tu consens, et tu dois décider de son montant.
Pour savoir quel délai tu peux imposer, regardons d’abord ce que dit le texte.
⚖️ Le délai de règlement : ce que dit le texte
La date de règlement est une mention obligatoire de ta facture (art. L. 441-9, I du Code de commerce). Et en transport routier de marchandises, le délai est plafonné par la loi : 30 jours maximum après la date d’émission de la facture (art. L. 441-11, II, 5° du Code de commerce).
Le point de départ est la date d’émission de la facture : facturer tard, c’est encaisser tard.
Ce plafond est plus strict que le droit commun entre professionnels, qui autorise jusqu’à 60 jours après la facture ou 45 jours fin de mois (art. L. 441-10, I). Retiens le principe : 30 jours, c’est ton maximum légal, pas un point de départ de négociation. Un client qui t’impose 60 jours est hors la loi.
C’est lui qui risque gros : jusqu’à 75 000 € d’amende administrative pour une personne physique et 2 millions d’euros pour une société (art. L. 441-16). Et dès le lendemain de l’échéance, les pénalités de retard sont exigibles sans rappel, plus 40 € d’indemnité forfaitaire de recouvrement (art. L. 441-10, II et D. 441-5).
Pour le détail des mentions à porter sur la facture, lis Facturer une prestation de transport : mentions obligatoires. Et pour poser ce délai dans tes conditions, ton guide des CGV de transport routier t’explique les clauses à écrire.
Un délai bien écrit protège ton calendrier. Reste à choisir à qui tu l’accordes.
🔍 Qualifier un client avant de charger : la checklist
Une politique de crédit client tient en une page. Avant ton premier chargement, passe chaque nouveau chargeur dans cette grille :
- Existence : vérifie sa raison sociale, son numéro SIREN, son adresse et son extrait d’immatriculation récent.
- Solvabilité : regarde ses comptes publiés, son ancienneté et d’éventuelles procédures collectives.
- Plafond de crédit : fixe un montant maximal d’encours (factures non payées) que tu acceptes, par client.
- Premier chargement : propose un paiement à l’enlèvement ou un petit volume de départ, le temps de voir comment il règle.
- Suivi : note les dates de paiement réelles, un client qui glisse te prévient.
Exemple illustratif : Nordine, à Lille, démarre avec un nouveau chargeur. Il fixe un plafond provisoire de 10 000 € d’encours. Chaque chargement vaut 4 800 € HT, et le client en commande 2 par semaine, soit 9 600 € par semaine.
Après une semaine, l’encours atteint 9 600 €, sous le plafond. Le troisième chargement le porterait à 14 400 € : Nordine appelle le client avant de charger. Sans plafond, il aurait laissé monter jusqu’à 38 400 € sur 4 semaines (4 × 9 600 €).
Méfie-toi des chargeurs inconnus venus d’une plateforme : la bourse de fret demande de la vigilance.
🛡️ L’assurance-crédit : à quoi ça sert, ce que ça couvre
L’assurance-crédit est un contrat qui couvre le risque de non-paiement de tes clients professionnels. Tu paies une prime, et en cas de défaillance d’un client couvert, l’assureur t’indemnise selon les conditions du contrat.
Le principe repose sur quatre notions à comprendre avant de signer :
- Agrément et plafond par client : l’assureur évalue chacun de tes clients et accorde (ou refuse) une garantie jusqu’à un montant. Un client non agréé n’est pas couvert.
- Quotité garantie : l’assurance ne rembourse pas 100 % de la facture, seulement un pourcentage défini au contrat. Le reste est à ta charge.
- Délai avant indemnisation : le contrat fixe un délai constitutif de sinistre, souvent appelé délai de carence, entre l’impayé et l’indemnisation. Ta trésorerie doit pouvoir tenir pendant ce temps.
- Obligation de déclarer : tu dois signaler tes retards de paiement à l’assureur (déclaration de menace de sinistre) dans les délais prévus, sous peine de perdre la garantie.
Taux, quotités et carence varient selon les contrats : demande-les par écrit et compare. L’assurance complète ta politique de crédit, elle ne la remplace pas.
💡 À retenir : l’assurance-crédit se souscrit avant l’impayé, et elle ne couvre que les clients agréés par l’assureur. Ne la découvre pas le jour où ça tourne mal.
📘 Pose tes conditions dans l’offre, avant que le client ne pose les siennes
Un délai bien négocié se prépare dans l’offre. L’ebook « Construire une offre commerciale » (27 €, tarif de lancement) te montre comment poser tes conditions avant que le client ne pose les siennes.
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📊 Avec et sans politique de crédit : l’exemple chiffré
Reprenons Sophie, à Nantes, et ses 36 000 € HT par mois avec un seul gros client. Les montants sont illustratifs, refais le calcul avec les tiens.
| Sans politique de crédit | Avec politique de crédit | |
|---|---|---|
| Délai accepté | 60 jours (au-delà du plafond légal) | 30 jours (maximum légal) |
| Plafond d’encours | aucun | 50 000 € |
| Encours à régime normal | 72 000 € | 36 000 € |
| Dépassement du plafond | non contrôlé | 0 € |
Sans plafond, Sophie laisse monter 72 000 € chez un seul client, soit 22 000 € au-dessus de 50 000 € (72 000 − 50 000). Avec 30 jours et un plafond à 50 000 €, son exposition reste à 36 000 €.
⚠️ Et si l’impayé arrive quand même ? La prévention réduit le risque, elle ne l’annule pas. Si une facture reste impayée malgré tout, passe à l’étape suivante avec Ton premier impayé de transporteur : le parcours de recouvrement.
❌ Erreurs à éviter
Ces erreurs gonflent ton encours sans que tu le voies.
- Dépendre d’un seul client : quand un client pèse 40 % de ton chiffre d’affaires, son retard devient le tien.
- Facturer tard : ton délai court à partir de l’émission de la facture. Facturer en fin de mois, c’est ajouter des semaines.
- Charger sans vérifier : un nouveau chargeur sans contrôle du SIREN ni des comptes, c’est un pari.
- Souscrire sans lire les exclusions : une assurance-crédit qui n’agrée pas ton client ne le couvre pas.
Pour que ta trésorerie encaisse ces décalages, regarde aussi Gérer ta trésorerie les 6 premiers mois.
❓ FAQ
Quel délai de paiement peux-tu imposer à un client en transport routier ?
30 jours maximum après la date d’émission de la facture : c’est le plafond légal en transport routier de marchandises (art. L. 441-11, II, 5° du Code de commerce). Tu peux demander moins, jamais plus, et la date de règlement doit figurer sur ta facture (art. L. 441-9).
À partir de quand court le délai de règlement ?
À compter de la date d’émission de la facture, pas de la livraison. Facturer vite raccourcit ton attente.
Qu’est-ce qu’un plafond de crédit client ?
C’est le montant maximal de factures impayées que tu acceptes pour un client donné. Au-delà, tu ne charges plus sans régler ou obtenir une garantie.
L’assurance-crédit rembourse-t-elle toute la facture ?
Non. Elle couvre une quotité définie au contrat, pour les clients agréés, après un délai de carence. Lis ces conditions avant de signer.
Comment qualifier un nouveau chargeur avant le premier chargement ?
Vérifie son existence (SIREN, adresse), sa solvabilité (comptes, procédures), fixe un plafond provisoire et propose un règlement à l’enlèvement au départ.
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Pour le cadre global, lis Sécuriser ta relation client : CGV, paiement, INCOTERMS, CO2.


